Tempête dans ton thé

Thé du bien-être ou infusion du mensonge ? Générations Cobayes t'invite à mener l'enquête avec nous sur une de nos boissons favorites, j'ai nommé le THÉ !

 

Les Anglais et le Chapelier Fou n’ont pas l’exclusivité de l’eau chaude ! En France, nous buvons du thé à de nombreuses occasions.

Notre consommation de thé a d’ailleurs triplé ces 20 dernières années : elle était en France de 8 600 000 kg en 1995, en 2010 elle atteint 15 000 000 kg (soit beaucoup d’éléphants). Aujourd’hui près de 60 % des Français boivent du thé, soit 230 grammes par personne et par an.

 

Que comme moi tu détestes le café (#tremblotte), que tu boives ton thé le matin dans l'objectif d’un geste santé (à force de nous entendre te parler de santé-environnement, tu as décidé d’être bon.ne élève quoi…), ou l'après-midi pour la pause goûter (on a bien grillé que c’était un prétexte pour le cheesecake)… tu apprécies le thé de différentes façons, nature ou aromatisé. Aujourd’hui nous retrouvons une multitude de gammes de thés dans les supermarchés pour tous les goûts et tous les prix. 

 

Les principaux pays producteurs  de thé sont la Chine, l'Inde, le Sri Lanka, le Vietnam, Taïwan, le Japon, le Népal, la Turquie, le Kenya et la Tanzanie (bref des pays chauds où tu passerais bien tes vacances mais dont tu ne sais pas grand-chose des pratiques agricoles). Cependant, depuis quelques années les pesticides sont au cœur des discussions quant à leurs effets sur la santé et l'environnement.

 

Le thé est-il concerné par cette contamination ? 

Si le thé a la réputation d'être un produit naturel et sain, il n’en est pas pour autant épargné par ces pratiques. Des associations, telles que Greenpeace, ont déclaré en 2012 avoir trouvé des pesticides illégaux dans certaines des marques de thés les plus populaires en Chine. Ces dernières étant ensuite exportées vers le Japon, les États-Unis et l’Europe. 

 

 

Qu’est-ce que le théier ?

Un rappel des bases si jamais tu veux te lancer dans la culture maison

Les feuilles de thé proviennent d’une plante qui peut atteindre jusqu'à 15 m de haut. Cette plante appartient à la famille des théacées, qui comprend 500 espèces réparties en 10 à 20 genres. Parmi eux le théier appartient au genre Camellia qui dénombre entre 100 et 150 espèces. Celui qu’on consomme est Camellia Sinensis, autrement dit "Camélia de Chine" qui existe en différentes variétés.      

 

 

 

L’origine et les sources des polluants

De la feuille fraîchement cueillie jusqu'à notre boisson du matin, le thé traverse différentes étapes : la culture, le flétrissage (un peu comme ta tête avant d’en boire le matin), le roulage, la fermentation, la dessiccation et le tamisage. La contamination peut avoir lieu lors de ces différentes étapes.

 

1/ Lors de la culture, les premiers contaminants sont les pesticides (insecticides et répulsifs à oiseau, et notre ami le glyphosate, un herbicide). Étant donné que la feuille est la surface de la plante la plus touchée, et que les feuilles de thés ne sont pas lavées après la récolte, pour en conserver les arômes, notre thé s’en trouve directement contaminé.  

 

D'après l’association UFC que choisir, sur 16 thés testés, seuls 3 sont exempts de pesticides. 

 

On retrouve également des alcaloïdes pyrrolizidiniques, dont rien que le nom fait trembler : une famille de molécules qui contribue à une défense passive chimique chez certaines plantes, et permettant de lutter contre des herbivores et insectes phytophages. Cette famille n’est pas contenue dans le théier, mais elle est sécrétée par d’autres plantes dites “ mauvaises herbes” qui sont à l’origine de cette pollution. La plupart des alcaloïdes pyrrolizidiniques sont mutagènes et inducteurs de tumeurs hépatiques.

 

2/ Lors de l’étape de flétrissage, les feuilles de thé sont séchées. Certains thés, tels que les thés noirs, peuvent être séchés par combustion du bois ou du charbon, ce qui laisse se former des HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques). Celles-ci sont des molécules biologiquement actives qui, une fois absorbées par les organismes, se prêtent à des réactions de transformation sous l’action d’enzymes contenus dans l’estomac.

Les métabolites ainsi formés peuvent avoir un effet toxique plus ou moins marqué en se liant à des molécules biologiques fondamentales comme les protéines, l’ARN, l’ADN et provoquer des dysfonctionnements cellulaires (oh joie). 

 

3/ Nous arrivons ensuite aux huiles minérales. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement (ANSES) a publié en mai 2017 des recommandations pour réduire la contamination des denrées alimentaires par les huiles minérales, et parmi elles les MOAH (ça sonne comme un smack mais ça parle d’hydrocarbures aromatiques, principalement issues de ressources fossiles comme le pétrole ou le gaz, miam miam).

Concernant le thé, les huiles minérales sont contenues dans les toiles de jutes qui servent au transport du thé.

Parmi ces huiles minérales, on identifie 2 sous-catégories qui sont suspectées de présenter des risques plus importants pour la santé humaine : les MOSH et les MOAH. D’après l’association UFC que choisir, sur les 16 thés, 2 en contiennent des quantités notables, pas de quoi paniquer donc, mais pas à écarter non plus.

 

4/ Enfin, on termine par du lourd : la contamination par les métaux lourds (ok je sors) qui existent naturellement dans l'environnement, mais sous forme de traces. L’activité humaine, par contre, concentre ces éléments en grande quantité. D’après les tests effectués par le magazine 60 millions de consommateurs, tous les thés analysés contiennent des résidus de métaux, dont certains reconnus comme toxiques comme le Cadmium, le Mercure ou l’Arsenic (idéal pour tuer les rats, ou un voisin chiant). Le Mercure et le Cadmium font l’objet d’une attention particulière car ils s’avèrent dangereux pour le système nerveux notamment et sont stockés pendant longtemps dans les organismes vivants (comme toi, ou le théier). Toutefois, aucun de ces résidus n’a dépassé les doses limites autorisées. La présence de ces métaux n’est que le reflet des méthodes de culture employées.

 

 

 

Une petite infusion de statistiques ? 

Ces résultats proviennent notamment de l’article de 60 millions de consommateurs. Ce sont des thés majoritairement en sachet, provenant de grandes surfaces.

 

 

D'après les résultats obtenus, les teneurs en pesticides, en moyenne, dépassent la norme européenne.

Concernant les thés non bio, la teneur en pesticides est plus importante pour les thés noirs que pour les thés verts. C’est la même histoire pour les alcaloïdes. Cela s’explique probablement par un mauvais tri lors de la récolte. 

 

 

Pourquoi le bio n’est pas épargné ?   

Les produits bio ne sont pas forcément les plus propres. Il faut savoir qu’il n’y a pas de législation française ou européenne concernant le thé bio, ce sont des organismes certificateurs qui fixent leurs propres règles, différentes selon le pays.

Prenons l’exemple d’un thé transformé en Allemagne : le pays autorise 0.02 g de pesticides pourtant interdits en France. Pour autant l’ouverture des frontières en Europe ne permet pas d'empêcher l’exportation vers la France, et il faudrait donc que l’entreprise qui achète du thé réalise des tests, pour ensuite juger s’il est possible ou non de le mettre en vente. Si le bio peut effectivement garantir une certaine propreté dans son produit il ne signifie pas pour autant l’absence de tout pesticide dans le thé.

 

 

On fait comment alors ? 

Il est aujourd’hui difficile d'échapper à la contamination de notre thé. Au travers de ces différents tests, qu’il s'agisse de thé noir ou du thé vert, on voit bien que ces boissons fréquemment associées au bien-être peuvent aussi contenir pesticides et autres contaminants.

Ces différents contaminants sont pourtant très fortement suspectés d'avoir des effets néfastes pour la santé.

 

Il faudrait par conséquent que les autorités ainsi que les normes françaises et européennes évoluent, surtout en ce qui concerne les seuils réglementaires. Il serait également judicieux que les industriels renforcent la mise en place de tests complémentaires pour détecter les contaminants avant la mise en vente.

Néanmoins, les tests s’effectuent sur la mouture sèche et non sur la boisson telle que consommée. Il est donc difficile de connaître les substances que nous absorbons. Si certaines substances contenues dans le thé sont peu solubles dans l’eau et donc pratiquement pas absorbées par les consommateurs (HAP et huiles minérales), d’autres migrent facilement dans l’eau (Alcaloïdes pyrrolidinique). Et même dans les situations où ils ne dépassent pas le seuil réglementaire, ces thés contiennent quand même plusieurs contaminants.

 

De ton côté, veille à privilégier le thé bio. Chez Générations Cobayes, nous avons une boutique en ligne, La Réjouisserie, où nous avons sélectionné les marques qui se doivent d'être sans PE ! Nous te recommandons de tester les thés d'Alice, garantis sans PE, et il y en a pour tous les goûts !
C'est ici : https://www.la-rejouisserie.com/23-thes-bio

 

 

Après ces recherches, une question peut alors nous venir à l’esprit :“Qu’en est-il de l’effet cocktail sur notre santé ? ” 

 

 

Aller plus loin / en savoir plus :

 

 

Bibliographie

 

  • Magazine 60 millions de consommateurs - n°531 - Novembre 2017 
  • 1001 secrets du thé - Lydia Gautier

 

Webographie

 

 

 

Auteur : Guillaume Gall

Illustratrice : Pétronille (dessins dans le corop de l'article / Lili Barletta (dessin en couverture)

Relecteurs : Léa, Maiena, Helena