Pourquoi les soldes nuisent gravement à la santé

Aaaaah, les soldes ! Le moment est enfin venu de satisfaire vos envies de shopping sans vous ruiner. Mais lorsque vous achetez un jean à 20€ ou un t-shirt à 5€, savez-vous ce qui se passe en coulisses ? Tout là-bas, dans ces pays lointains où les normes sanitaires, sociales et environnementales ne sont pas aussi exigeantes que les nôtres ? Pourtant, les conséquences de la fast fashion sur la santé et l’environnement sont dramatiques et souvent méconnues.

CES VÊTEMENTS QUI NOUS EMPOISONNENT 

 

 

En 2015, le professeur Donald Belsito, dermatologue au Columbia University Medical Center de New York, alerte les consommateurs lors d’une interview accordée au Wall Street Journal. Il affirme que les vêtements neufs doivent être impérativement lavés avant d’être portés. Selon lui, le processus de teinture et les produits défroissants appliqués sur les vêtements seraient responsables de dermatites, d’irritations et d’allergies.

 

Effectivement, en 2009, un groupe de médecins du CHU de Malmö a mis en lumière l’existence d’un lien entre certaines allergies et des colorants dispersés présents dans les textiles :

Une association significative était observée entre manifestations cutanées liées aux textiles et allergie de contact au para-phénylènediamine (PDD)

Les PDD sont reconnus allergènes pour la peau. On les retrouve dans les teintures pour cheveux, le henné des tatouages temporaires…et les colorants textiles.

 

Même si certains de ces produits toxiques sont interdits en Europe, ils ne le sont pas toujours dans les pays où sont fabriqués nos vêtements et il n’y a pas suffisamment de contrôles au moment de l’importation.

Le DMFu par exemple. Vous savez ces petits sachets avec lesquels on a tous joué sans savoir à quoi ils servent vraiment et qu'on retrouve au fond des sacs ou dans les boîtes à chaussure ? Le diméthylfumarate est un antifongique, il évite que les moisissures se développent lors du transport des marchandises. Le Ministère de la Santé a recensé depuis 2008 de nombreux cas d’allergies dont « l’origine probable ou certaine est le diméthylfumarate ». Le DMFu est interdit dans l’ensemble de l’Union Européenne depuis 2012 mais il reste utilisé par les fournisseurs asiatiques et les contrôles effectués sur la marchandise importée sont trop rares.  

 

On retrouve également ces chers perturbateurs endocriniens. En 2011, Greenpeace lance sa campagne Detox qui milite pour une mode sans produits toxiques. L’ONG publie une série de rapports, dont The big fashion stitch up (on trouve le résumé en français) paru en octobre 2012 : “Pour réaliser cette nouvelle étude, les équipes de Greenpeace ont acheté 141 articles dans des points de vente autorisés de 29 pays et régions du monde”. L’analyse des vêtements révèle la présence de divers substances chimiques potentiellement dangereuses :

 

diapositive

Les NPE sont des composés chimiques qui, une fois dispersés dans les eaux de traitement ou dans l’environnement, se dégradent en nonylphénol, perturbateur endocrinien (même si ses effets sur l’homme sont mal connus, par manque d’études). Le plastisol est issu du PVC (dont certaines catégories sont reconnues cancérigènes) et utilisé en tant qu’encre sur les textiles. Certains phtalates sont interdits, à cause de leur toxicité sur le système reproductif. Enfin, certaines des amines (composé organique dérivé de l’ammoniac) qui entrent dans la fabrication des colorants azoïques sont cancérigènes pour les animaux, et donc potentiellement pour l’homme.

 

Bref, un délicieux cocktail de substances dangereuses que nous portons directement sur notre peau et qui se déversent ensuite dans les eaux usées.

 

gif cocktail

 

 

LES PREMIÈRES VICTIMES : LES OUVRIERS DU TEXTILE

 

 

Mais les vêtements ne sont pas seulement toxiques pour nous, qui arrivons en bout de chaîne. Les premiers touchés sont évidemment les ouvriers du secteur textile.

 

Ils travaillent bien souvent dans des conditions déplorables, sans masque, alors qu’ils sont directement au contact de substances chimiques nocives (colles, teintures, solvants). De nombreux reportages font état de ces situations.

 

Dans les usines qui produisent les jeans, les ouvriers souffrent d’une maladie incurable appelée silicose. Les employés au délavage de la toile denim utilisent la technique de pulvérisation de sable ou de silice à haute pression. Avec un simple foulard autour du visage, dans un atelier confiné, la poussière s’infiltre dans leurs poumons causant de graves troubles respiratoires. Cette pratique est interdite dans l’Union Européenne et en Turquie, mais pas au Bangladesh.

 

Même s’ils ne travaillent pas directement dans l’usine, les habitants vivant aux alentours sont également impactés par le biais des eaux polluées. Dans son rapport Dirty Laundry, Greenpeace a analysé les eaux qui se déversent autour de deux complexes industriels en Chine, l’un dans le delta du Yangzi, et l’autre dans le delta de la rivière des Perles. Dans les deux cas, l’ONG relève la présence de produits chimiques dangereux et persistants contenant des perturbateurs endocriniens.

 

 

 

LES CONSÉQUENCES SUR L’ENVIRONNEMENT

 

Comme le rappelle l’association Universal Love, le marché de l’industrie textile et de l’habillement est le deuxième au rang des activités économiques mondiales après l’industrie du pétrole, c’est aussi l’une des industries les plus polluantes au monde.

 

Saviez vous que du champ de coton à la boutique, un jean peut parcourir jusqu’à 65000km ? Que 82% des plants de coton dans le monde sont des OGM ? Que la production de coton est la troisième plus consommatrice en eau, après le riz et le blé ?

On a déjà parlé de la pollution de l’eau, mais l’atmosphère n’est pas en reste : la marchandise est parfois expédiée en avion, si le calendrier commercial l’exige.

Chaque vêtement est transporté dans un sachet en plastique, lui même livré dans des cartons, qui sont reconditionnés dans de nouveaux cartons en entrepôt, avant d’être acheminés en magasin.

 

Enfin, le recyclage des vêtements est insuffisant. 600 000 tonnes de textile, linge de maison et chaussures (TLC) sont mises sur le marché chaque année en France (soit 9,2kg par an par habitant). En 2016, seulement 3,2kg de TLC usagés par habitant ont été collectés, soit à peine 35%.

dessin textile

ALORS, TOUS À POIL ?

 

On l’a vu, la réglementation existe pour limiter les substances toxiques mais les contrôles aux importations sont insuffisants.

En France, une loi adoptée en février 2017 contraint les multinationales à un devoir de vigilance des risques sociaux et environnementaux vis-à-vis de leurs fournisseurs. Mais si les donneurs d’ordre connaissent leurs fournisseurs accrédités, comment contrôler l’immense réseau de sous-traitants qui échappent à leur regard ?

 

Essayons tout de même d’identifier quelques solutions qui nous permettent de nous protéger en tant que consommateur (sans finir au poste pour outrage à la pudeur).

 

Des gestes simples et du bon sens :

 

On le répète, il faut toujours laver les vêtements avant de les porter. N’oubliez pas qu’ils ont été produits dans des pays chauds (tapez « insectes tropicaux » sur internet, pour voir), qu’ils sont passés entre plusieurs mains, et qu’on ne connaît pas le niveau d’hygiène de l’usine dans laquelle ils ont été fabriqués.

 

Il faut privilégier les produits made in Europe, où les normes sanitaires sont plus strictes (au moins en théorie, car l’indication du « made in » ne garantit pas que le produit ait été fabriqué intégralement dans le pays indiqué).

 

Apprenez à lire les étiquettes de composition : le coton est très consommateur d’eau, le polyester et le polyamide sont des fibres issues de la pétrochimie…Préférez donc le lin ou la laine. Voici un article du blog Happy new green qui vous aidera à vous y retrouver : http://www.happynewgreen.com/quelles-matieres-textiles-choisir/

 

Les labels

 

Comme pour l’alimentation, les labels certifient la provenance et les conditions de production des vêtements. Certains sont spécifiques au textile, mais la plupart sont également valables pour les autres secteurs. Petite piqûre de rappel sur le site de l’ADEME : http://www.ademe.fr/particuliers-eco-citoyens/achats/vetements-linge-mai...

 

La mode éthique

 

Plusieurs marques et collectifs de créateurs proposent des vêtements respectueux de la santé et de l’environnement. Vous connaissez peut-être Veja pour les chaussures, Ekyog pour la femme ou encore 1083 pour les jeans.

Autre exemple, Ethipop est un collectif de marques responsables : matières bio, made in France, commerce équitable, matières premières récupérées…encore une fois, de beaux exemples de créativité mise au service de la planète !

 

Et évidemment, si votre agilité et votre emploi du temps vous le permettent, rien de mieux que le do it yourself. On ne compte plus les tutos sur youtube pour apprendre à tricoter, les livres de couture accessibles ou les ateliers pour réaliser vos bijoux.

Vous l’aurez compris, si un jean coûte 20€, cela ne reflète absolument pas le coût social et environnemental engendré par la fabrication et le transport du vêtement. Encore une fois, nous avons le choix d’adopter des modes de consommation plus vertueux.

Alors, toujours envie d’aller faire les soldes ?

 

Barney

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Le schéma de Greenpeace Le cycle toxique de l’industrie textile permet de comprendre en un clin d’œil ce que j’ai mis trois pages à expliquer

 

Le documentaire The True Cost qui décrit les conséquences sociales et environnementales de l’industrie textile, à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement

 

Le mouvement Fashion Revolution propose un MOOC pour mieux comprendre les étiquettes et les enjeux liés à l’industrie textile

 

 

 

 Auteure : Alice J

Illustratrice : Alice G

 

Sources :

 

Article du quotidien britannique Daily Mail sur l’interview du professeur Belsito, 2015

http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-3090175/Doctor-s-orders-w...

Extrait de l’étude scientifique menée par le Malmö University Hospital, 2009

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19067698?dopt=AbstractPlus

http://www.allergique.org/article3719.html

Page du Ministère de la Santé sur le DMFu

http://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbio...

Résumé en français du rapport de Greenpeace, 2012

https://secured-static.greenpeace.org/france/PageFiles/300718/Les%20dess...

Reportage de Cash Investigation Toxic fringues, 2015

https://www.youtube.com/watch?v=k-LTi0V7MjE

Reportage d’Envoyé Spécial Textile, mode toxique ? , 2014

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/mon-envoye-special/monenvoyespecial-du-samedi-25-octobre-2014_722931.html

Enquête d’arte Poison, notre risque quotidien, 2010

http://www.dailymotion.com/video/xhxtzn_du-poison-dans-nos-vetements-1-3_lifestyle

 Article du journal Le Monde sur la silicose

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/05/14/en-turquie-des-milliers-d-ouvriers-du-textile-sont-atteints-de-silicose_1192951_3244.html 

Le rapport Dirty Laundry de Greenpeace, 2011

http://www.greenpeace.org/international/en/publications/reports/dirty-la...

http://www.universallove.fr

Carnet de vie d’un jean, sur le site de l’ADEME, 2014

http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/carnet-vie-jean...

Rapport d’activité de l’organisme ECO TLC, 2016

http://www.ecotlc.fr/ressources/Documents_site/Essentiel-2016_FR_web.pdf