La pollution de l'industrie textile : les collants

Le collant, un accessoire qui semble innocent comme ça, mais qui est loin de l'être puisqu'il est souvent utilisé le temps d'une soirée, puis fini troué et finalement impossible de le réutiliser !

MA SECONDE PEAU N’A QU’UNE SEULE VIE : COLLANTS ET POLLUTION TEXTILE 

Ça brille ou matifie, c’est léger comme un souffle ou épais comme un legging, ça magnifie la jambe et fait chanter le rossignol : le collant est l’accessoire typique de la gambette. Pour 72% des françaises, ce vêtement résiste en moyenne à six journées d’usage, soit 80 heures de durée de vie avant que la bête ne file. L’achat de collants s’élève ainsi à une dizaine de paires par saison par utilisatrice, soit 350 millions de collants vendus en France chaque année. Huit milliards au niveau mondial. Tous les ans.

 

Le nylon qui ne file pas existe depuis longtemps dans l’industrie textile, mais sa probabilité d’être un jour commercialisé est faible. Le collant qui file ou se troue force son utilisateur à s’en débarrasser, non pas par choix esthétique, mais parce que le produit n’est plus utilisable, ni réparable. Et quand une paire coûte entre 3 et 20 euros, le business du collant qui file devient très, très lucratif.

 

 

L’exemple typique de l’obsolescence programmée

Si ta grand-mère possède encore des collants de sa jeunesse, ne compte pas pouvoir léguer les tiens à tes enfants. Avec l’avènement de l’industrialisation à grande échelle des vêtements, les techniques d’élaboration des collants ont fortement évolué pour atteindre les nouveaux standards de coût de production. Résultat : un fil en polyamide de moindre qualité, un tricotage moins serré qui réduit la quantité de fils utilisée, des bains de teintures à 50 degrés, de l’élasthanne au détriment du nylon. Le tissu en est fortement fragilisé. Le coût du produit final s’en trouve baissé, vu qu’il engage moins de main d’oeuvre et moins de temps, mais en prenant en considération la durée de vie du collant lui-même, l’utilisateur n’y gagne pas.

 

Un impact écologique avant, pendant et après son usage

Pour produire une seule paire de collants classiques, 14 000 kilomètres de fil et 750 litres d’eau sont nécessaires. Les principaux centres de production vestimentaire en Asie font face à une pollution environnementale importante, notamment à cause des rejets des additifs chimiques et des teintures allergènes dans l’eau qui entoure les usines.

 

Une fois acquis, le collant n’arrête pas son oeuvre polluante, loin de là ! Le voile de nylon est saturé d’intrants chimiques, des additifs protégeant le vêtement des ultraviolets et de l’oxygène et assurant donc assurent la longévité (relative) du produit. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, leur présence dans le produit diminue au fur et à mesure qu’ils se déposent sur la personne qui les porte. En bons perturbateurs endocriniens.

 

Une fois son quota de vie rempli, le collant devient un déchet jetable difficile à recycler. On estime que le nylon, matière principale des collants, mettrait entre 30 et 600 ans pour se décomposer. On vous laisse faire le calcul par rapport à la durée de vie du machin.

 

 

Quelles alternatives ?

Le marché du collant durable reste confidentiel mais deux Suédoises, Linn Frisinger et Nadja Forsberg, révoltées par le document The Light Bulb Conspiracy en 2012, ont fondé Swedish Stockings, qui propose des collants en tissu éco-responsable. Des filets de pêche sont polymérisés pour en extraire le nylon : cette matière première, entièrement recyclée, est ensuite teintée avec des teintures hypoallergéniques et l’eau utilisée durant ce processus est purifiée grâce à une micro-bactérie. La société propose également de recycler les collants inutilisables, quelle qu’en soit la marque, dans une optique d’économie circulaire.

 

Si les collants de Swedish Stockings voient leur durée de vie doublée par rapport à la majorité des paires de collants, le produit reste fragile. Les deux fondatrices ne s’arrêtent donc pas au nylon et à l’élasthanne et ont lancé des recherches pour créer des collants à partir de matières naturelles - leurs espoirs sont placés sur l’amidon de maïs et l’huile de ricin. Et nous, en attendant, on se balade les jambes à l’air.

 

 

 

Sources : association HOP (Halte à l’obsolescence programmée)

 

Autrice : Marie Baudet

Illustratrice : Lili Barletta

Relectrice : Sybil Billy