Des cobayes à la VeilleNanos

Où l'on t'explique ce que les nanos sont partout, et probablement pas super sympas pour ta santé... mais que tout n'est pas perdu, heureusement !

La VeilleNanos, c'était une journée « veille et information citoyennes sur les enjeux sociétaux des nanoparticules » qui a permi de réunir des personnes de tous horizons (industriels, politiques, associations, citoyens curieux...) afin d'échanger sur le sujet. Organisée par AVICENN (Association de Veille et d'Information Civique sur les Enjeux des Nanosciences et des Nanotechnologies), la journée a été déclinée sous la forme d'interventions diverses et de débats.


Nous y sommes donc allées, Lilyane et moi-même, afin de représenter Générations Cobayes et de voir un peu où en était notre monde vis-à-vis des nanoparticules.

Mais les nanos, qu'est-ce que c'est ? Les nanotechnologies désignent les procédés de fabrication et/ou de manipulation de structures à l'échelle nanométrique1. Pour vous faire une charmante idée de ce que cela peut signifier, retenez que votre ADN a une largeur de 2nm et qu'un nanotube de carbone par exemple, une largeur de 1 à 2nm.
Procédés créés dans les années 80, les nanotechnologies ont connu un essor remarqu

 

able, sans même que les citoyens aient eu leur mot à dire. Les politiques et les industriels s'en sont emparés et les ont appliquées à tous les domaines : cosmétique, textile, alimentaire, sanitaire, mais aussi dans les matériaux de construction, dans les emballages, l'aéronautique, partout !

 

Bonjour, je suis une nanoparticule, je viens en paix.

 "Bonjour, je suis une nanoparticule, je viens en paix." - Crédits : Gratisography

 

Seulement, il y a un nano gros problème. Je dirais même plusieurs problèmes :

  • L'effet des nanoparticules n'a jamais été réellement évalué. Les études qui ont été réalisées n'ont duré que quelques années, or l'on parle d'un matériau qui, une fois utilisé, se propage partout et évolue dans notre environnement bien plus longtemps que quelques petites années.
  • Les nanoparticules sont étudiées sous leur forme simple, mais non seulement elles peuvent être utilisées sous des formes et des tailles différentes, mais en plus, lorsqu'elles sont lâchées dans la nature, elles subissent tout un tas de modifications et entrent en contact avec tout plein de substances différentes. Un exemple : le TiO2 (dioxyde de titane) présent dans les crèmes solaires est enfermé dans une sorte de capsule qui, en contact avec le chlore, se désintègre. Le TiO2 est un radical libre. À l'état non nanométrique, il est déjà classé comme substance « possiblement cancérigène2 », alors imaginez quand il est sous forme nano ! Permettez-moi cette blague pourave, mais sans sa capsule, il est libre, et son effet, il est radical, parce qu'il ne se gêne pas pour se filer à travers toutes les barrières immunitaires de votre corps...
  • Les épidémiologistes -rien qu'eux, quand même !- commencent à flipper sérieusement : l'effet des nanoparticules n'est pas sans danger3, et si un problème sérieux venait à apparaître, ils auraient bien des difficultés à le comprendre et à l'endiguer. La raison principale ? Les nanos sont partout : dans l'eau, dans la nourriture, dans nos voitures, dans les hôpitaux... Donc comprendre un phénomène épidémiologique sans qu'il y ait d'évolutions différentes dans le temps et dans l'espace... Bonjour la galère !
  • Leur toute petite taille ajoute à leur dangerosité car elles ne sont pas facilement détectables et nous ne pouvons pas, à l'oeil nu, les repérer.
  • La nanotechnologie, c'est une des premières révolutions scientifiques qui change radicalement l'échelle de la recherche. Et ça, c'est pas rien, en fait.


D'où l'intérêt de cette journée : il faut permettre le débat public et fédérer les acteurs de la société civile.
J'ai été choquée lorsque quelqu'un a demandé à un des intervenants, un industriel utilisant les nanoparticules pour fabriquer des tissus aux propriétés thermiques exceptionnelles, ce qu'il se passait lorsqu'on portait ses vêtements « pourtant manipulés dans des conditions d'extrêmes précautions en amont ». Il a répondu : « Oh, bah, elles [les nanoparticules] partent un peu, mais les dégâts sont limités. Et pis, on n'est pas dans la même catégorie que les fabricants de pneus. Eux, ils relâchent une quantité folle de nanoparticules. » Ah ! Bon...
Et quand on lui demande ce qui se passe une fois les vêtements jetés, il n'en sait rien.

 

"Non mais ça va vous inquiétez pas, tout est sous contrôle !"

 "Non mais ça va vous inquiétez pas, tout est sous contrôle !" - Crédits : Gratisography

 

Une tentative de réglementation a été lancée. Un registre R-nano a été créé par exemple, mais il est encore loin d'être honnête, car tout n'y est pas répertorié, les produits contenant des nanos n'y sont pas indiqués, l'accès aux données est limité et il y manque beaucoup d'information...
Quant à l'étiquetage, il a beau être obligatoire (et joliment ignoré) en ce qui concerne la cosmétique, il ne l'est pas en ce qui concerne les biocides (pesticides et anti-microbiens) et l'alimentaire par exemple.
AVICENN a déjà demandé à certaines hautes autorités de créer un compte « nano-safety » afin d'assigner un budget pour l’évaluation des risques liés aux nanotechnologies. La réponse qu'ils ont eue ? « Non, ça fait très pollueur-payeur », ou « non, vous nous faites de l'écologie punitive, c'est pas tendance. » On en reparle dans 30 ans, c'est ça ?

Oh, mais ne pleurez pas, petits cobayes. Et vous là-bas ! Ne paniquez pas. Parce qu'on est beaux, on est forts et on est tenaces ! Il y a des solutions. Pour l'instant, les grands de ce monde ignorent les effets des nanos et ne pensent qu'aux avantages commerciaux qu'elles représentent, mais comme l'a dit l'un des intervenants, M. Olivier Thomas, « la clef, c'est nous. Le pouvoir est dans le caddy. » Alors on se tient informés, on relit l'article de GC sur les nanoparticules, et surtout, on regarde les étiquettes. Achetez les bons produits, rejetez les mauvais. Vous avez un poids économique et qui dit économique dit politique. Ben oui, c'est comme ça. C'est le nerf de la guerre. Les industriels ne pensent qu'à ça ? Eh bien emparons-nous de leur arme et faisons-en notre atout !

Et vous savez quoi ? Moi, je vous fais pas des « nanobisous », mais des bisous super méga gros !

P.S : je vous ai mis quelques liens en fin d'article, mais je vous conseille fortement d'aller voir celui-ci.

 

Texte : Amélie

Pour plus d'infos :

http://veillenanos.fr/wakka.php?wiki=PagePrincipale
http://www.agirpourlenvironnement.org/communiques-presse/Nanoparticules
ASSOCIATION AVICENN, Nanomatériaux et risques pour la santé et l'environnement : Soyons vigilants ! éditions Yves Michel, 2016.

 


 

1ASSOCIATION AVICENN, Nanomatériaux et risques pour la santé et l'environnement. Éditions Yves Michel, 2016. p. 11.

2Notamment par le CIRC en 2006 et par l'ANSES en 2016.

3Au niveau environnemental : problèmes de croissance de certains micro-organismes, diminution du taux de fertilité chez les petits crustacés, modification de la germination des graines et de la croissance racinaire, etc.

Au niveau de notre santé : inflammation pulmonaire, œdème du foie, lésions du cœur, effets délétères sur la forme, le fonctionnement et la viabilité cellulaire, etc...

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